Les adaptations de jeux vidéos au cinémas

La sortie de Hitman de Xavier Gens nous permet de revenir sur un phénomène récent de 15 ans : l’adaptation de jeu vidéo, dont certains se sont fait une spécialité, comme Paul WS Anderson et surtout l’inénarrable Uwe Boll. Retour sur un genre qui est encore bien loin de faire l’unanimité, y compris et surtout chez les joueurs endurcis.

SUPER MARIO BROS de Annabel Jankel & Rocky Morton (1993)

La popularité du personnage de plombier Mario, créé par le génie Shigeru Miyamoto dans les années 80, est telle au début des années 90, avec la sortie de Super Mario Bros 3 sur NES, que la firme japonaise Nintendo s’est mise en tête de produire un grand film hollywoodien à partir de sa mascotte. L’idée est saugrenue, et surtout, comment est-il possible d’adapter cet univers coloré et particulier au médium cinématographique ? En changeant tout ! Le couple de réalisateurs Annabel Jankel et Rocky Morton, célébrés pour leur série Max Headroom et pour le remake ingénieux de Mort à l’arrivée, se lancent dans une entreprise de démolition impressionnante : s’ils respectent le cahier des charges (le look des personnages, l’apparition de Yoshi, la présence de la princesse Daisy), tout le reste vole en éclat. Dotés d’un budget énorme pour l’époque (50 millions de dollars), les deux réalisateurs ont la folie des grandeurs, construisent des décors gigantesques dignes de Blade Runner, ordonnent des réécritures journalières et finissent par perdre le contrôle du tournage, qui est repris par Roland Joffé et le chef opérateur Dean Semler. Le film, vraiment mauvais et souvent incompréhensible, connaît un four au box-office et reste aux yeux de Bob Hoskins, interprète de Mario qui remplace Danny DeVito au pied levé, la pire expérience de sa carrière. On le comprend.

STREET FIGHTER de Steven de Souza (1994)

Autre jeu très populaire au début des années 90, le beat’em up Street Fighter II de Capcom connaît lui aussi les joies d’une adaptation pas vraiment fidèle au matériau de base. Si les personnages les plus populaires de la franchise ludique trouvent un pendant cinématographique (Jean-Claude Van Damme incarne Guile, Raul Julia est Bison, Kylie Minogue joue Cammy et Wes Studi est Sagat), l’intrigue (il est vrai très légère dans le jeu) est totalement changée pour coller à une actualité plus ou moins fantasmée de l’époque. Résultat, les « gentils » deviennent ainsi des soldats de l’ONU chargés de renverser le dictateur Bison, qui menace de prendre le contrôle du monde entier. Courses poursuites, cascades, effets spéciaux à gogo, et très peu de baston au final, ce qui est quand même un comble. Dire de Street Fighter – le film qu’il s’agit d’une trahison est un euphémisme, d’autant qu’il est loin de faire l’affaire en tant que simple film d’action, même s’il est signé par Steven de Souza, scénariste de Piège de Cristal.

DOUBLE DRAGON de James Yukich (1994)

Autre jeu de baston célèbre, Double Dragon connaît la même année un sort peu enviable en étant transposé au cinéma, dans une production beaucoup moins friquée que celle de Street Fighter. Ici, pas de stars comme Jean-Claude Van Damme, mais des vedettes de la série B comme un jeune Mark Dacascos pas encore sacré Crying Freeman. Oubliez cependant l’ambiance de déliquescence urbaine inspirée par le film Les Guerriers de la nuit, cette version de Double Dragon est expurgée de toute brutalité et adopte un ton plus proche des films d’action pour enfants, avec méchants ridicules (pauvre Robert Patrick), arts martiaux câblés et ambiance fluo. Très mauvais dans son genre.

MORTAL KOMBAT de Paul WS Anderson (1995) & MORTAL KOMBAT : ANNIHILATION de John R. Leonetti (1997)

C’est avec l’adaptation de Mortal Kombat par Paul WS Anderson que la donne change totalement. Le film est tout d’abord le premier véritable succès du genre au box-office, et surtout la première adaptation fidèle au jeu, à un détail près : la violence très graphique de Mortal Kombat et ses suites ludiques n’a pas le droit de citer dans cette transposition classée tous publics. Pour le reste, tout est là, et les fans se réjouissent de retrouver leurs personnages préférés dans un film relativement généreux en scènes de combats et en effets spéciaux réussis (pour l’époque). Fort du succès du film, une suite est lancée deux ans plus tard, mais ne connaîtra pas la même popularité du fait de sa qualité plus que médiocre. Même Christophe Lambert, qui ne rate jamais un nanar, refuse d’y reprendre le rôle du Dieu Rayden, qu’il incarnait dans le premier film. C’est dire !

WING COMMANDER de Chris Roberts (1999)

Grosse franchise des jeux sur ordinateurs, la saga des Wing Commander rend un hommage certain à La Guerre des étoiles, d’autant que Mark Hamill y joue l’un des rôles principaux. Il était donc logique que les jeux vidéo soient transposés sur grand écran, puisque leur univers s’inspire grandement des space opéra popularisés par la saga mythique de George Lucas. Pour cette transposition, ce n’est nul autre que le créateur du jeu Chris Roberts qui est chargée de la réaliser, avec un budget cependant limité à 25 millions de dollars, dont une bonne partie va dans la poche des comédiens Freddie Prinze Jr et Matthew Lillard, alors très populaires pour leurs rôles dans les films d’horreur Scream et Souviens-toi l’été dernier. Malgré son expérience de réalisateur (c’est lui qui a dirigé les cinématiques des jeux), Chris Roberts ne parvient pas à éviter la catastrophe : adaptation pauvre et jeuniste du jeu, Wing Commander ne procure aucun frisson aux fans du jeu, qui ont connu une meilleure expérience devant leur écran d’ordinateur qu’en salles.

LARA CROFT : TOMB RAIDER de Simon West (2001) & LARA CROFT TOMB RAIDER : LE BERCEAU DE LA VIE de Jan De Bont (2003)

En 2001, c’est une autre icône du jeu vidéo qui est transposée sur grand écran : Lara Croft, l’héroïne de la franchise Tomb Raider. La reconnaissance de Lara Croft dépasse le cadre des joueurs, puisque le personnage devient un véritable phénomène de société qui sert même à vendre des voitures ! C’est la superbe Angelina Jolie qui est chargée d’incarner l’aventurière casse-cou au cinéma, tandis que le spécialiste de l’action Simon West (Les Ailes de l’enfer) est chargé de la diriger au milieu des fusillades et des explosions. Le film connaît un énorme succès à sa sortie en salles, malgré ses qualités toutes relatives. Peu de dépaysement, des séquences d’action assez molles et un personnage principal rendu vraiment antipathique n’aident pas vraiment à apprécier le film. Quoi qu’il en soit, Angelina Jolie est de nouveau priée de rembourrer ses soutiens-gorge deux ans plus tard, pour l’inévitable suite, cette fois réalisée par Jan De Bont (Speed et Twister). Le film connaît un succès très mitigé, ce qui fâche le studio Paramount, qui reproche aux récentes aventures ludiques de Lara Croft de ne pas se vendre assez pour assurer le succès de ses adaptations cinématographiques. Apparemment, la qualité vraiment médiocre du film n’est donc pas à mettre en cause.

FINAL FANTASY : LES CREATURES DE L’ESPRIT de Hironobu Sakaguchi (2001) & FINAL FANTASY VII : ADVENT CHILDREN de Tetsuya Nomura (2005)

Franchise vénérée par les joueurs pour sa richesse et son imagination, Final Fantasy saute également le pas en étant adaptée sur grand écran, par son créateur lui-même, Hironobu Sakaguchi. Les ventes des jeux vidéo, qui comptent aujourd’hui plus de 12 aventures et un grand nombre d’extensions, sont à ce point faramineuse que Sony a toute confiance dans cette adaptation un peu particulière, puisqu’il s’agit d’un long-métrage d’animation en synthèse à caractère photoréaliste. Le studio offre ainsi au créateur une enveloppe de 150 millions de dollars (certaines rumeurs parlent du double !) pour réaliser le film, et celui-ci s’éloigne drastiquement de l’univers visuel de son œuvre pour en capturer surtout le ton. Enorme film de science-fiction empruntant beaucoup à certains gros blockbusters comme Aliens, 2001 L’odyssée de l’espace et Starship Troopers, Final Fantasy : Les créatures de l’esprit est pourtant loin d’être le succès attendu, loin s’en faut. Trop lunaire et trop posé, le film connaît même un four incroyable dans le monde entier, notamment parce que les spectateurs n’ont pas vu le rapport entre le film et les jeux vidéo, sorti du titre. L’erreur sera réparée par Final Fantasy VII : Advent Children, une sorte de suite en DVD du jeu Final Fantasy VII, l’un des épisodes les plus populaires de la saga ludique. Très attendu par la communauté des joueurs en son temps, le film tient ses promesses en enchaînant les séquences très spectaculaires, mais s’adresse avant tout aux fans de FF (comme ceux-ci le surnomment) et autres initiés.

RESIDENT EVIL de Paul WS Anderson (2002) RESIDENT EVIL : APOCALYPSE de Alexander Witt (2004) & RESIDENT EVIL : EXTINCTION de Russell Mulcahy (2007)

Fort du succès de Mortal Kombat, Paul WS Anderson décide d’adapter Resident Evil, qui a relancé la mode ludique des survival-horror à sa sortie en 1996. Jeux vidéo mettant en scène une épidémie de zombies, les Resident Evil sont très gores, ce qui n’arrête pas le réalisateur qui ne peut pourtant pas se permettre autant de débordements. Résultat : Resident Evil – le film ne suit pas vraiment les intrigues du jeu, tout comme il n’en reprend ni l’aspect graphique, ni le ton très noir et très glauque. Le film est très propret et déçoit par son manque de panache et de fidélité. Pourtant, il s’agira d’un véritable succès qui connaîtra deux suites écrites et supervisés par Anderson lui-même, qui une fois de plus préfère suivre ses propres idées plutôt que de se fier à la qualité des jeux. Résultat : la qualité de la franchise cinématographique va en déclinant, tandis que la jolie Milla Jovovich se donne à fond pour casser du zombie à tout va. Dommage que cela n’ait rien à voir avec les jeux, autrement plus excitants…

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