Kazushige Nojima l’interview de Final Fantasy

Kazushige Nojima l’interview de Final Fantasy

A l’occasion de l’avant-première du film Final Fantasy VII Advent Children organisée au centre Georges Pompidou à Paris en ce début décembre, nous avons eu la chance d’interviewer Kazushige Nojima, scénariste du film. Nojima San est déjà connu pour avoir écrit les scénarii de FF7, FF8, FFX et FFX-2, et plus récemment sur la Compilation Final Fantasy 7. Entretien avec une légende du jeu vidéo…


 Nojima San, à l’origine du légendaire FF7

B4G – Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Nojima – Je m’appelle Kazushige Nojima, j’ai écrit le scénario de plusieurs épisodes de Final Fantasy, et je suis aujourd’hui présent à Paris pour mon travail sur celui du film Final Fantasy VII Advent Children.

B4G – Comment êtes-vous devenu scénariste de jeux vidéo ?

Nojima – Il y a maintenant vingt ans, j’ai commencé à travailler dans une société qui créait des jeux vidéo. Nous étions un équipe de plusieurs personnes, et pour notre premier projet de jeu, mon supérieur a du définir les fonctions de chacun, et m’a désigné d’office comme scénariste. Je n’avais aucune expérience en la matière, mais j’ai beaucoup aimé ce job, et il s’est avéré que j’avais un minimum de talent pour assurer cette fonction. Mais c’est un pur hasard.

B4G – C’était chez Squaresoft ?

Nojima – Non pas du tout. C’était un petit développeur japonais qui n’existe plus aujourd’hui.

B4G – Ecrit-on un scénario de film comme celui d’un jeu vidéo ? Quelles sont les différences entre les deux approches ?

Nojima – Quand on m’a proposé d’écrire le scénario de FF7AC, j’ai abordé le scénario du film exactement comme celui d’un autre épisode de la saga des FF. Mais très vite, je me suis heurté à la problématique de la durée. Pour un jeu vidéo, le scénario se déroule sur une trentaine d’heures. Pour un film, c’est une heure et demi. L’histoire ne peut donc être traitée de la même façon. Pour écrire mon premier scénario de film, j’ai été obligé de me nourrir de beaucoup d’autres films, et d’analyser le déroulement de leur scénario pour m’adapter à cette contrainte de temps.

B4G – La saga des FF est un véritable melting pot de cultures. On y retrouve régulièrement des références à diverses mythologies (Odin, Bahamut, le Phoenix… ). Quelles sont vos sources d’inspiration pour vos scénarii ?

Nojima – Aussi étrange que cela puisse paraître, je m’inspire de Tokyo. C’est une ville incroyablement mixte, multiculturelle, dans laquelle on rencontre tous types d’individus, de quartiers, de cultures en constante évolution.

B4G – N’aviez-vous pas peur de toucher à un mythe comme celui de FF7 en écrivant sa suite ? Comment avez-vous appréhendé son scénario ?

Nojima – Je suis toujours anxieux des réactions du public face à mon travail. Avec le film, j’ai essayé de contenter les fans du jeu, tout en laissant accessible le film aux non-initiés. Car c’est un film qui s’adresse à tout le monde, et pas qu’aux fans de FF7. Mais il est vrai que j’apporte une attention particulière à l’avis des joueurs qui ont aimé le jeu.

B4G – Qu’avez-vous voulu apporter de plus à l’univers de FF7 en écrivant le scénario du film ?

Nojima – Dans le jeu, Cloud et ses amis ont sauvé le monde. Avec le film, j’ai voulu mettre plus en avant la dimension des personnages, leur personnalité, et surtout montrer les liens qui les unissent. Dans le film, ils ne sont pas là pour sauver le monde à nouveau, mais simplement pour se sauver les uns les autres.

B4G – Et comment s’est passée l’écriture de toute la compilation FF7, dont le film fait partie ?

Nojima – Assez simplement. J’avais beaucoup d’idées restées latentes depuis FF7, et cela m’a permis de garder une logique chronologique, tout en exploitant toutes mes pensées. Cela m’a beaucoup aidé, et soulagé d’un gros poids. (rires)

B4G – Pourquoi avoir décidé de faire un film pour cette suite, alors que tout le monde s’attendait à un jeu vidéo ?

Nojima – Cela faisait quelques temps que nous voulions donner une suite à FF7. Mais nous voulions faire quelque chose de différent. Et comme créer un jeu vidéo est très coûteux et surtout très long, on a commencé à travailler sur une simple cinématique d’une demi-heure, pour raconter cette suite. Puis le projet a pris plus d’ampleur, et est devenu un film à part entière d’une heure et demie. Tout simplement.

B4G – La décision de faire un film n’est-elle pas aussi une façon de prendre une revanche sur le succès très mitigé de Final Fantasy : the Spirit Within ?

Nojima – (Rires) Pour ma part, je n’ai rien avoir avec The Spirit Within car je n’ai pas du tout travaillé sur ce projet. Mais peut-être qu’il y a un peu de cela dans ce choix. Il vaudrait mieux poser cette question à Square directement… (rires)

B4G – Maintenant que vous avez quitté Square-Enix, la série Final Fantasy fait-elle partie de votre passé artistique ? Vous ne travaillerez plus jamais sur la saga ?

Nojima – Final Fantasy fait toujours partie de mon quotidien. La preuve, je suis aujourd’hui à Paris pour en parler. Et je pense que je vivrai toute ma vie avec cette série dans mon cœur.

B4G – Cela veut dire qu’on pourra peut-être un jour vous retrouver aux commandes du scénario d’un futur FF ?

Nojima – (Rires) Si on me le demande, ce sera avec une très grande joie que j’assurerai ce rôle.

B4G – Maintenant que vous avez écrit des scénarii de jeux vidéo et de film, sur quel support préférez-vous travailler ?

Nojima – C’est difficile à dire. J’écris des scénarii de jeux depuis pas mal d’années maintenant, c’est donc un exercice dans lequel je suis assez à l’aise. A ce jour, je n’ai écrit qu’un seul scénario de film… mais cela m’a appris beaucoup de nouvelles choses, et je suis prêt à continuer dans cette voie. Ce sont deux travaux très différents, mais je les aime autant avec du recul.

B4G – Qu’est-ce que vous pensez des adaptations de jeux vidéo au cinéma, telles que Tomb Raider, Resident Evil, plus récemment Doom, pour ne citer qu’eux ?

Nojima – Je trouve cette démarche assez intéressante, dans le sens où des scénaristes de cinéma viennent puiser une nouvelle inspiration dans le jeu vidéo pour créer des films. Pour le reste, je ne les ai pas tous vu, c’est donc difficile pour moi de me prononcer…

B4G – Compte tenu de la démo technique de la console à l’E3 dernier, êtes-vous pour ou contre l’adaptation de FF7 sur PlayStation 3 ?

Nojima – C’est difficile à dire. FF7 fait partie du passé maintenant, puisqu’il a été conçu il y a plus de dix ans maintenant. Si des fans réclament son remake et que le projet se fait, je ne suis pas contre. Mais personnellement, je préfère voir de nouveaux jeux sortir, plutôt que des adaptations du passé.

B4G – Vous avez des futurs projets en cours ?

Nojima – (Rires) Désolé, mais je ne peux vous répondre pour le moment. Vous verrez bien d’ici quelques mois…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *