BIOSHOCK INFINITE : « Une réussite totale ! »

BIOSHOCK INFINITE : « Une réussite totale ! »

Les cités imaginaires peuplent bien souvent les esprits des hommes qui rêvent. Et lorsque les plus puissants d’entre eux arrivent à concrétiser leur vision, ils sombrent dans la folie de leur propre ambition

Rapture, la cité humide et glauque du premier BioShock avait laissé des souvenirs impérissables dans la mémoire de nombreux joueurs. Victime de la mégalomanie de son fondateur et digne héritière d’une tradition de villes dystopiques dont la principale influence fut sans doute celle du légendaire film Metropolis de Fritz Lang. Doté d’une esthétique conjuguant Art Déco et Cyberpunk, couplé à un gameplay passionnant, BioShock devint très rapidement culte. Si BioShock 2 ne marqua pas autant les esprits que son ainé, le jeu s’en tira plutôt bien, mais apportait trop peu de nouveautés. Il était peut-être temps pour l’équipe d’Irrational Games et pour Ken Levine, directeur créatif de la franchise, de passer à autre chose.

Il fut néanmoins décidé de continuer la série BioShock, mais comment réussir à lancer un nouveau jeu provenant du même univers sans lasser définitivement les joueurs ? En laissant la cité de Rapture qui, de l’aveu même de Ken Levine, n’était pas l’essence même des BioShock, celle-ci étant d’avantage à chercher dans la création d’un environnement fantastique ancré dans le monde réel. De nombreuses années de développement et quelques mois de retard plus tard aboutissent finalement à la sortie de BioShock Infinite, qui ne doit pas être vu comme une suite, mais plutôt une réinvention, où les principales forces de l’épisode fondateur se retrouve désormais à une époque différente et surtout, dans une cité complètement nouvelle.

« Ramenez la fille, et nous effacerons la dette ! »

Booker Dewitt est un ancien soldat qui traverse actuellement une mauvaise passe, en cette année 1912. Seul et alcoolique, Booker s’endette auprès de la mauvaise personne. Celle-ci lui propose alors une offre qu’il ne peut pas refuser ; retrouver une jeune femme dans la cité de Columbia. Ce marché plutôt simple se voit bien vite compliquer lorsque Booker pose les pieds sur la ville volante. Au héros anonyme et quasi-muet du premier BioShock se substitue un nouveau personnage principal dont la personnalité est travaillée dans les moindres recoins. Traversant l’aventure avec lui, le joueur est le témoin exclusif de ses réflexions et de ses états d’âmes, ce qui se révèlera très important voir indispensable pour la suite de l’histoire. Plus que cela, Booker Dewitt deviendra l’un des éléments actifs de l’histoire en cours ; ses décisions seront lourdes de conséquences sur le destin de la cité céleste et des ses habitants.

Nous pourrions parler plus en détail de l’idéologie qui sa cache derrière Columbia, des Pères Fondateurs, dont les célèbres noms trouvent leurs places dans l’histoire réelle mais sont portés ici en prophètes religieux. Il y a beaucoup d’autre chose à dire sur le travail effectué par le scénariste Drew Holmes, mais nous en dévoilerons le moins possible afin de ne pas gâcher les nombreuses surprises qui ponctues le jeu. Il est simplement important de prendre en compte la qualité du scénario de cet épisode, quand, à l’heure actuelle, de nombreux jeux vidéo se contentent du stricte minimum. Mais une bonne histoire est éternelle alors que les graphismes ou même le gameplay sont bien vite dépassés. En résumé, BioShock Infinite fait preuve d’originalité et d’une rare profondeur dans le traitement de son histoire, quitte à prendre le risque de laisser de nombreux joueurs sur le carreau une fois l’aventure achevée.

À défaut de pouvoir en dire trop sur le scénario, revenons plus en détails sur Columbia, dont les premières images ont suffit à relancer l’intérêt chez de nombreuses personnes qui tournaient déjà  les yeux à l’annonce d’un nouveau BioShock. La mise en scène des premiers pas dans Colombia semble être l’antithèse même de celle de Rapture. Souvenez-vous de la longue descente dans les fonds marins jusqu’à la vision majestueuse de la cité engloutie, et imaginez maintenant l’inverse de dérouler sous vos yeux ; propulser dans les airs, les cieux remplacent l’océan et l’obscurité morbide fait désormais place à une lumière quasiment divine. De plus, si une fois dans Rapture nous prenions rapidement conscience qu’une chose terrible venait de se passer, l’arrivé dans la ville de Columbia est complètement différente. Columbia est en effet une cité pleine de vie, apparemment de joie et d’allégresse, où les gens discutent de choses et d’autres aux terrasses des cafés et où les enfants jouent de façon insouciante. Booker découvre avec nous cette cité pétrie d’élément mélangeant à l’extrême religion chrétienne et patriotisme américain. Lorsque résonne dans les hauts-parleurs la voix du Prophète Comstock, dirigeant absolu de la ville, nous découvrons bien vite à travers ses discours la philosophie des habitants de Columbia, d’où ils viennent et le pourquoi du comment de la construction de cette cité à l’apparence merveilleuse, croisement de l’architecture typiquement américaine du début du XXe siècle et des ouvrages de Jules Vernes. Dès les premiers instants, la certitude est acquise, ce Bioshock Infinite est une réussite totale en terme d’immersion, aidée par une esthétique et un sens du détail formidable qui se constate à chaque coin de rues.

Bioshock Infinite une réussite !

Mais cette première partie laissant majoritairement place à la contemplation fait bientôt place aux armes et à l’action. L’occasion de constater que, sans être aussi agile que le héros du récent Far Cry 3, Booker Dewitt n’est plus aussi pataud que les héros des épisodes précédents ; la jouabilité à gagner en souplesse. Les phases de tirs sont désormais bien plus intéressantes, et c’est rapidement que l’on enchaine les différents pouvoirs et les armes à feu. Un rendu plus dynamique des combats que l’on doit aussi à l’aérotram, permettant de se déplacer sur des rails et de surprendre les ennemis pour les achever plus efficacement. Si sa maniabilité un peu confuse au début, un peu de pratique permettra d’avoir des approches redoutables sous le feu des ennemis, pas particulièrement bêtes et eux aussi capables d’utiliser les fameux appareils.

La personnalisation du héros était l’une des forces du premier Bioshock, celle-ci n’est évidemment pas mise de côté dans ce nouvel opus. Au programme, les Toniques remplacent les Plasmides, qui permettent, associés aux armes à feu, un semblant de stratégie durant les affrontements. Ces pouvoirs se révèlent assez nombreux et variés pour renouveler les affrontements en les abordant de façons différentes selon la volonté du joueur. Ces pouvoirs, utilisant la physique, permettent toujours d’exploiter le décor pour abattre plusieurs ennemis en même temps ; par exemple le feu se révèle toujours efficace près d’une flaque d’huile. Les armes, déjà vues et revues dans tout FPS qui se respectent, sont évidemment améliorables et couplées aux bons Toniques peuvent faire des ravages. Les équipements à placer sur les différentes parties du corps permettent l’amélioration de certaines aptitudes, mais on regrettera ici une personnalisation moins riche que celle qui se trouvait dans le premier épisode. Ce sont sans doute les phases de piratages qui risquent de manquer à ceux qui les avaient appréciées. Même si il ne s’agit là que de petits détails qui ne gâchent absolument pas l’expérience de jeu.

Au cour de son aventure, Booker Dewitt croisera la route de nombreux ennemis et de personnalités extravagantes, qui comme le veut la tradition des BioShock sont bien souvent des gens de pouvoir ayant sombré dans la folie et tenant des discours aussi dérangeants qu’eux-mêmes. Si les Big Daddy et leurs petites sœurs ont bien évidemment disparu de cet épisode, les différents adversaires sauront aussi vous donner du fil à retordre. Nous ne trouverons pas aussi charismatique que ces gros robots brailleurs, même si le bestiaire reste varié et complètement dans le ton. Mais leur absence se voit bientôt compenser, par la présence d’Elisabeth, qui achève de rendre BioShock Infinite mémorable.

La jeune femme que Booker est chargé de retrouver fait son apparition au bout de quelques heures de jeu, à travers une séquence marquante qu’il nous est difficile de décrire sans gâcher le spectacle. Sachez juste que dès le moment où la belle rejoint l’aventure, elle ne vous quittera que très peu. Certains pourraient prendre peur à la lecture de ces lignes, se rappelant trop bien les coéquipiers ratés parcourant de nombreux jeux vidéo que l’on aurait préférés ne jamais avoir rencontré. Fort heureusement, la relation entre Booker et Elisabeth est tout autre. La jeune femme n’est jamais pénible ; elle aide Booker dans le feu de l’action en lui lançant armes, munitions et santé qu’elle trouve sur le terrain. Celle-ci étant incapable de se défendre physiquement, elle  prouve encore son utilité lorsqu’elle fait usage de son pouvoir. Pouvoir dont nous préférons ne rien dire tant il influence directement toute l’histoire du jeu Mais plus qu’un simple coéquipier, Elisabeth est un personnage à part entière qui évolue directement sous nos yeux ; proche en cela de la relation que pouvait entretenir Ico et Yorda dans le fantastique jeu de Fumito Ueda. La jeune femme réagit de façon naturelle en fonction de la situation ou du décor. Elle vit simplement au côté de Booker, prenant peur devant un ennemi, s’émerveillant devant tout ce qu’elle découvre. Ses animations faciales très réussies semblent légèrement plus accentuées que la plupart des protagonistes. Il en découle un personnage instantanément attachant que l’on prend plaisir à accompagner et que l’on se surprend à chercher. Il est peut-être encore un peu trop tôt pour dire ça, mais nous tenons sans doute là un personnage qui fera date dans l’histoire du jeu vidéo.

Développé depuis plusieurs années et tournant sur l’increvable moteur Unreal Engine, utilisé dans une myriade de jeux dont la liste serait trop longue à faire, BioShock Infinite est loin d’être laid et s’en sort avec les honneurs, concrètement aidé par des effets physiques et de lumières de toutes beautés. Le jeu n’est pourtant pas exempt de défaut technique, quelques saccades font parfois leur apparition, et on sent que le moteur arrive à bout. L’ambiance sonore est à l’image du reste, soigné et réussi et véritablement complémentaire des images qui se déroulent sous nos yeux.
Pour une fois nous n’aurons pas le droit au traditionnel multijoueur, ce que regretterons ceux qui auront l’envie de remettre les pieds à Columbia une fois l’aventure terminée. Comptez sur une dizaine d’heures pour en voir le bout, à condition de choisir le mode difficile, le mode normal tournant plutôt autour de la dizaine d’heure, autant s’attarder le plus possible dans cette cité terriblement merveilleuse.

Il reste au final bien peu de choses à reprocher à BioShock Infinite.

Servi par une ambiance inoubliable, une esthétique superbe et surtout un scénario formidable construit à la manière d’un puzzle qui se reconstitue tout au long du jeu, jusqu’à la révélation finale. Une perle qui sans révolutionner le genre FPS peut être considérer comme l’un des jeux les plus marquants de ces dernières années. Irrational Games frappe encore une fois très fort et il nous tarde de savoir quel sera leur prochain jeu.

Bioshock Infinite disponible depuis le 26 Mars 2013 sur PS3, XBOX 360, PC, Mac et PS Vita.

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